Apprendre un texte - Trucs et astuces
- thomassallettaz
- il y a 4 jours
- 11 min de lecture
Personne n'y échappe lorsque l'on veut restituer un texte, que l'on soit acteur ou non: il faut l'apprendre.
C'est la plupart du temps une étape que beaucoup d'acteurs eux-mêmes apprécient le moins. Elle est nécessaire, mais chronophage. Parfois nous n'avons qu'un jour ou deux pour apprendre un texte d'audition ou de télésérie. Parfois se dressent devant nous 2 à 3 heures de texte à apprendre pour une pièce.
On me pose souvent la question des meilleures techniques pour apprendre son texte. Je vais donc tâcher d'y répondre dans cet article.
Le lire encore et encore; s'enregistrer et le restituer; l'apprendre ligne par ligne, page par page et se tester: qu'est-ce qui est le mieux?
Vous apprendrez sur la façon dont s'organise la mémoire, l'importance de la compréhension du texte, le rôle du sommeil, et l'utilité de se fixer des objectifs réalistes.
I - Comment fonctionne la mémorisation
1 - L'organisation du cerveau
L'apprentissage cérébral
Lorsque l'on apprend un texte, le cerveau s'organise en plusieurs apprentissages qui ne sont pas tous intégrés en même temps:
Lexical (les mots eux-mêmes);
Séquentiel (l'ordre des mots);
Syntaxique (construction de la phrase et les ponctuations);
Sémantique (la compréhension de ce qu'on dit);
Prosodique (le rythme, l'intonation, le débit et la respiration);
Contextuel (les fameuses 5 questions: qui, quoi, où, quand, comment)
C'est à dire que le cerveau peut:
-Connaître les mots d'un texte sans en maîtriser le sens.
-Ou bien maîtriser le sens sans posséder de stabilité sur l'ordre ou l'exactitude des mots.
Le premier est davantage problématique que le deuxième, surtout en situation de jeu.
Au théâtre surtout on voudra garder l'ordre du texte et les mots exacts. C'est légèrement moins grave au cinéma et dans les téléséries.
Dans tous les cas, la chose la plus importante est de comprendre ce qu'on dit et de pouvoir le dire avec spontanéité, de la même manière que dans la vie: on ne sait pas encore ce qu'on va dire quand on le dit. Ça nous vient au fur et à mesure.
On dit des mots, dans la vie, parce qu'on ne peut pas ne pas parler. C'est la même chose dans le jeu: le texte est là parce que le personnage ne peut plus garder le silence.
Les hémisphères cérébraux
On connaît les deux hémisphères du cerveau. C'est l'hémisphère gauche qui travaille pour l'apprentissage du texte. C'est lui qui organise et segmente tous les points de la liste ci-dessus. C'est lui qui s'occupe de la partie linguistique et qui est le gardien du contrôle.
Il maintient les mots au niveau de la mémoire de travail (la mémoire à court-terme), les relie consciemment, mobilise l'attention volontaire, et encode la séquence verbale en lien avec l'hippocampe.
Il agit donc encore à un niveau conscient. On va le voir juste après, mais un des points majeurs de cet article est qu'il faut dépasser ce stade. On sait ce qu'on dit, mais on est encore conscient qu'on est en train de le dire.
C'est évidemment nécessaire de passer par là, mais il faudra ensuite connaître assez son texte pour laisser l'hémisphère droit s'exprimer pendant le jeu et ne pas l'empêcher de s'associer à l'hémisphère gauche parce qu'on est en train consciemment de se rappeler de sa réplique.
L'hémisphère droit lui est activé et utile en situation de jeu. L'écoute du partenaire, le corps, la spontanéité, les émotions qui viennent à nous: c'est lui qui doit "colorer" notre texte (ou plutôt qu'on doit laisser colorer notre texte) et non pas notre hémisphère gauche bien trop rigide et contrôlant qui cherche la sécurité dans l'ordre et la répétition!
En résumé, on doit apprendre notre texte assez pour se "libérer" du contrôle conscient et pouvoir observer de la fluidité dans notre jeu.
Améliorer sa mémoire
Comme tant d'autres choses pour l'acteur, la mémoire est un muscle.
C'est donc quelque chose qui s'entraîne! Certains ont une bonne mémoire à long terme mais ont du mal avec la mémoire de travail.
À force d'apprendre des textes, ou d'autres choses, vous entraînez votre cerveau à retenir des informations, et vous allez voir que si vous êtes réguliers vos capacités vont s'améliorer rapidement.
Mangez du poisson! Le saumon est très bon pour la mémoire. (Mes amis végétariens, lisez ce qui suit)
Vous pouvez retrouvez plus d'informations sur la nutrition idéale pour la mémoire et l'hygiène de vie en général dans cet article.
2 - Le danger de la "mélodie"
Qu'est-ce que la mélodie?
Comme je le mentionnais plus haut, il faut se méfier de la rigidité, du contrôle conscient et de l'effort pour se souvenir de son texte.
Le cerveau en réalité va toujours aller chercher l'astuce la plus rapide, et la chose la moins coûteuse en ressources.
Pour l'apprentissage d'un texte, cela se manifeste dans une chose que l'on voit et entend énormément: ce que j'appelle la "mélodie".
Vous savez, ces phrases dites de la même manière, encore et encore, inlassablement, et dont il est très difficile de se défaire de la prosodie (rythme, débit, intonation, respiration, ponctuation orale)!
C'est l'ennemi du spontané. La terreur du jeu réaliste. Cette mélodie reste ancrée en nous une fois qu'elle est installée. C'est comme un réflexe.
Le problème, c'est qu'apprendre un texte avec une mélodie... c'est normal!
C'est la façon la plus rapide d'apprendre un texte et de s'en souvenir pour longtemps. Quand on est petit, on apprend l'alphabet avec une mélodie. Les paroles d'une chanson sont plus faciles à retenir accompagnées de leur mélodie.
L'hémisphère gauche dont on vient de parler est la cause de la mélodie. Il cherche par nature la stabilité, la répétabilité et la prédictibilité. Il est très bon pour automatiser les séquences apprises.
Mais nous ne sommes pas des automates! Pour l'acteur, jouer avec la même mélodie tout le temps, ce n'est pas idéal, surtout lorsqu'on doit être malléable, spontané, à l'écoute et s'adapter au moment présent.
Pour contrer la mélodie, il faut prendre le problème à la racine, et apprendre son texte d'une façon qui est certes plus difficile, mais bien plus efficace et avantageuse pour le jeu.
La technique pour contrer la mélodie figée
Comment alors ne pas "cristalliser" une seule prosodie lors de notre apprentissage?
Il est plus adéquat d'apprendre notre texte de manière "plate". Juste les mots. Pas d'intonation. Pour éviter que notre restitution de ceux-ci ne le soit!
Lors de vos premières lectures du texte, il est important bien évidemment de tout intégrer, découvrir l'oeuvre telle que vous la lisez et la percevez.
Mais lors de l'apprentissage, des tests de mémorisation, et des éventuelles "italiennes" (ces restitutions de texte très vite, sans déplacement, sans émotion), il est important de ne pas rajouter d'intonation!
Pourquoi? Parce-qu'il est bien plus facile ensuite de jouer comme vous le souhaitez, dans le moment présent! Toutes les options d'intonations vous seront alors ouvertes, et vous n'avez qu'à choisir celle qui vous vient spontanément.
Si votre texte est assez solide au niveau de la mémorisation, et appris sans intonation, vous serez libérés du contrôle conscient et alors pourront prendre leur place l'écoute et la spontanéité.
Méfiez vous particulièrement de la mélodie lorsque vous n'avez que peu de temps pour apprendre votre texte. C'est là où le cerveau vise davantage l'efficacité. Nous allons voir dans le point IV les trucs et astuces pour apprendre plus facilement un texte.
En résumé:
La mélodie, la rigidité, le stress, la répétition mécanique sont des adaptations du cerveau pour s'économiser et trouver la solution la moins coûteuse. C'est lorsque l'on va au-delà de ce niveau que notre apprentissage du texte nous offre un tremplin vers un jeu libre, spontané, inspiré, et faisant une grande place à l'écoute, si importante.

II - La compréhension du texte
Comme mentionné plus haut, comprendre le texte que l'on apprend est capital non-seulement pour la mémorisation elle-même, mais aussi pour le jeu ensuite!
Si on arrive à bien saisir le contexte dans lequel notre personnage s'exprime, la mémorisation est tout de suite plus simple.
Si vous avez du temps pour travailler votre texte, faire une analyse organique du scénario est le meilleur moyen d'en toucher tous les aspects et de préparer le terrain pour commencer un travail efficace et profond de développement du personnage (je ferai bientôt un article pour introduire le sujet. C'est un outil très important qui est disponible en coaching privé).
Si vous n'avez que quelques jours voire quelques heures pour apprendre votre texte, alors le but est vraiment de cibler la compréhension du contexte avec tous les détails disponibles.
Si vous avez une scène d'audition, par exemple, une erreur fréquente est d'extrapoler une situation ou un contexte sans se baser sur le texte. N'utilisez que ce qui vous est fourni pour extrapoler ensuite.
Par exemple, si mon personnage parle à un de ses collègues et montre une certaine complicité, je ne vais pas inventer qu'ils ont fait un voyage aux Bahamas ensemble si rien ne l'indique dans le texte.
Je vais en revanche essayer de me poser plusieurs questions sur leur proximité, à partir du dialogue uniquement.
Les questions sont plus importantes que les réponses. Si vous êtes ouverts et que vous cherchez vraiment, c'est là que s'ouvrent les possibles.
Lorsque vous recevez le texte (par exemple d'audition) pour la première fois, lire simplement le texte plusieurs fois aide à mieux perçevoir la forme et le fond et aide à la compréhension. Ne forcez-vous pas ni à apprendre déjà le texte sans le comprendre, ni à forcer une compréhension de quelque chose que vous n'avez pas encore lu plusieurs fois au complet.
Par contre, en situation de jeu, on ne veut plus se poser de questions. On fait des choix. On reste à l'écoute et ouvert aux changements et aux découvertes, et notre compréhension du texte peut continuer d'évoluer, mais on n'est pas consciemment en train de réfléchir à la situation et au contexte.
Cela doit arriver impérativement avant. La compréhension du texte doit intégrer un niveau inconscient, pour ne pas s'en soucier lorsque l'on est en situation de jeu, et elle va se manifester sans qu'on ait à s'y référer consciemment.
Toutefois, cela ne marche que si le texte lui aussi est appris sans avoir besoin de s'y référer consciemment.
Méfions nous de se dire "je connais mon texte" sans vraiment avoir stabilisé notre connaissance du texte (apprentissage et contexte) à un niveau plus profond de compréhension. Sinon, le jeu va paraître plus difficile.
De la même manière, on va avoir plus de difficulté à jouer libéré si on cherche à parler "parfaitement" une langue ou un accent quand on n'est pas encore fluide ou bilingue sans accent.
Après avoir parlé de l'apprentissage et de la compréhension, on parlera de l'importance du sommeil, une aide précieuse et sous-estimée.

III - L'importance du sommeil
Si vous voulez vraiment vous aider dans l'apprentissage de votre texte, il y a un élément à ne pas sous-estimer: dormir!
Bien entendu, toutes les étapes précédemment citées sont nécessaires.
Toutefois, le sommeil permet de cimenter et aider grandement l'apprentissage.
Ainsi, apprendre sérieusement son texte juste avant de se coucher (notamment si c'est la dernière chose que vous faites avant de dormir) permet une rétention plus efficace.
Cela va consolider le texte appris et permettre de le placer dans la mémoire à long terme. Le cerveau va rejouer et redistribuer le texte pendant la nuit.
Mais attention: une lecture passive ou un apprentissage passif, donc sans réelle concentration, ne vous aidera pas vraiment.
Si vous lisez votre texte passivement, cela pourra vous aider au niveau de la reconnaissance du texte, mais pas vraiment du rappel.
Donc, on veut signaler au cerveau que le texte doit être retenu sans support, ce qui engage l'hippocampe et donc le processus de consolidation.
Lire le texte avant de s'endormir, si on le fait sérieusement, dans le calme, sans distractions ensuite, et en s'ouvrant aux différents sens possibles pendant la lecture peut aider ensuite à l'apprentissage, grâce aux connections crées pendant le sommeil.
Et comme on l'a mentionné dans le point précédent, comprendre le texte que l'on apprend juste avant de dormir permet d'en maximiser la sauvegarde.
On n'a pas toujours une nuit devant nous pour apprendre son texte, mais si c'est le cas, c'est une bonne opportunité d'être efficace dans son apprentissage!
Ce n'est toutefois pas la seule tactique pour retenir son texte de manière efficace. Nous allons passer maintenant aux trucs et astuces.

IV - Les trucs et astuces pour apprendre un texte
On entend une multitude de "techniques" pour apprendre un texte. Cela varie selon chaque individu. Chez les acteurs, tous ont leur petite technique la plus efficace pour eux-mêmes.
Celle-ci peut se trouver après plusieurs essais-erreurs, en fonction de si la personne est plutôt auditive ou visuelle, ou encore de sa capacité à se discipliner et à se motiver.
Je vais commencer par les meilleures techniques, puis je vais terminer par mettre en garde sur certaines qui sont utilisées par certains acteurs.
1 - Les techniques efficaces
La première chose à savoir, c'est qu'apprendre en "petits blocs" réguliers plutôt que "gros blocs" d'un coup est préférable. Même si vous n'avez qu'une seule journée pour apprendre, il vaut mieux procéder petit à petit, quitte à revenir dessus un peu plus tard.
Vous permettez à votre cerveau de bien ancrer le texte et de manière plus rapide. Si vous voulez trop forcer l'apprentissage en une fois, votre cerveau peut le "bloquer" au bout d'un moment, épuisé, ou alors va privilégier des stratégies rapides et rigides, ce qui va mener notamment aux problèmes cités plus haut, tel que la fameuse mélodie.
Une autre technique très importante consiste à se donner un objectif. C'est aussi bon lorsqu'on joue (et bon pour la vie également)!
On veut ainsi s'asseoir avec un objectif: "Je dois pouvoir dire cette page sans regarder le texte". Ou alors "Je vais chercher tous les mots, phrases ou sens que je ne comprends pas et clarifier jusqu'à ce que je comprenne".
Ça permet au cerveau d'être bien plus concentré parce-qu'on donne du sens à ce qu'on fait.
Si on se dit "Ok je dois apprendre mon texte", c'est bien, mais ça reste flou, vague, et c'est donc moins motivant. Atteindre un objectif est très bon pour la dopamine! Alors n'hésitez pas à vous en fixer.
Et, on se le rappelle, petit bout par petit bout! Donc c'est bien d'avoir des objectifs petits, réalistes. C'est à vous ensuite d'avoir la discipline pour revenir à votre texte.
S'astreindre à une routine d'apprentissage est non seulement très très efficace mais gage de succès, également.
Toutefois, il n'est pas non plus question de se créer (ou se donner encore plus) de l'anxiété de performance.
Surtout quand on a une audition qui s'annonce bientôt, on peut se mettre une pression supplémentaire non nécessaire.
La solution? Ralentir.
Revenir à la lecture, au sens, se donner des objectifs plus petits d'apprentissage. Cela permet réellement de travailler plus efficacement. Et dans une meilleure ambiance interne.
Mémoriser ses lignes et les écrire ensuite sans regarder le texte est une autre manière efficace d'intégrer son texte.
2 - Méfiance sur ces techniques
Certaines personnes répètent texte en main. Pas de problème particulier jusqu'ici, mais ils n'essayent jamais vraiment sans, et au final ne créent jamais les conditions pour retenir le texte.
L'autre problème que ça peut poser c'est de connaître le texte "à peu près". Ce qui peut être problématiques pour les textes de théâtre ou ceux qui doivent être appris au mot près!
Il vaut mieux se "tester" sans regarder le texte, et de se corriger ensuite au besoin.
Une autre technique qui n'est pas idéale consiste à enregistrer ses répliques et à les réécouter pour les apprendre.
Le problème ici, c'est que même si on s'enregistre sur un ton "plat", pour éviter la mélodie, on va généralement utiliser l'exact même ton pour apprendre notre texte. Ainsi l'oreille s'habitue à quelque chose de fixe, et on est plus à risque de créer une mélodie malgré tout.
Une parade si vous êtes plutôt auditif c'est de vous faire aider d'une autre personne.
Ou alors de l'apprendre visuellement et de vous tester en enregistrant les répliques de l'autre personne et de laisser une pause correspondant à vos répliques.
Conclusion:
Il existe bien d'autres techniques, propres à chacun, et elles sont toutes valides tant qu'elles n'entrent pas en conflit avec tous les points cités dans l'article.
À vous de trouver la vôtre!
Si vous souhaitez lire mes autres articles, n'hésitez pas à consulter mon blog.
Si vous cherchez un coaching efficace, que ce soit pour du coaching privé, vos selftapes, du coaching d'accent, ou les auditions pour les écoles de théâtre, n'hésitez pas à me contacter!
Je suis là pour vous aider dans vos choix et vous faire progresser.
À bientôt pour d'autres articles!




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